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Tourisme solidaire - Tourisme équitable

 

ENTRETIEN sur le TOURISME SOLIDAIRE avec EKITOUR
(octobre 2006
)

EKITOUR LVT-Loisirs & Tourisme Poitou-Charentes
21, avenue Robert Schuman
86000 Poitiers
FRANCE
Téléphone : +33(0)5 49 47 73 13 - Fax : +33(0)5 49 47 52 43
site:http://www.ekitour.eu
E-mail : ekitour@wanadoo.fr

1. Ekitour, vous êtes une association nouvelle sur le marché du tourisme solidaire, n'est-ce pas ? Peut-on parler d'ailleurs dans ce domaine d'un marché ?

Ekitour existe depuis 9 mois, ce qui est très peu en effet pour ce type d’activité. Néanmoins, la couveuse d’Ekitour est LVT-Loisirs et Tourisme Poitou-Charentes, elle existe depuis une trentaine d’années dans le domaine du tourisme social associatif à destination des comités d’entreprises, comités d’œuvre sociale, amicales, associations diverses et familles avec lesquels elle a développé un tourisme dit « classique ». On peut parler de marché car il y a en effet une réalité économique derrière, mais plutôt que de se baser sur le côté financier et de considérer le tourisme équitable comme une activité plus ou moins rentable, nous le voyons plus comme un ensemble de règles à appliquer au tourisme, basées sur la solidarité et la prise en compte de chacun, tout comme une répartition juste et équitable des flux touristiques, des recettes du tourisme entre tous les acteurs du marché, tout en minimisant l'impact du tourisme sur les populations d'accueil et leur environnement.

2. Qu'est-ce qui vous a motivé à proposer ce type de voyages basé sur le respect mutuel : Votre expérience ? Une prise de conscience ? La rencontre avec les populations locales ? avec LVT ? Doit-on parler de militantisme ? Pourriez-vous résumer pour nos lecteurs votre parcours ?

Quand Loisirs et Tourisme Poitou-Charentes a été créée, nous avions inscrit dans nos statuts : « l'action pour que le droit aux loisirs, aux vacances, au repos, à la culture, devienne une réalité pour tous. » Mais les vacances de certains ne doivent pas se faire au détriment d’autres, en les appauvrissant ou en détruisant leur patrimoine naturel, et au bout de trente années d’activité nous nous sommes rendus compte que nous nous étions éloignés de notre objectif. Partant de là, nous avons voulu recadrer notre activité afin qu’elle corresponde mieux à ce que nous croyions, et c’est ainsi que, fort de l’expérience de Loisirs et Tourisme, Ekitour est né.
Donc la naissance d’Ekitour trouve ses motivations avant tout dans une prise de conscience. Nous ne voulons pas être une association militante défendant des idées mais une association proposant des solutions concrètes (voyages, formations, conférences, etc..) pour faire évoluer les voyageurs et les voyages.
Petit résumé du parcours de Loisirs et Tourisme :
Juillet 1944 : Naissance de Tourisme et Travail créé par des résistants préparant la fin de la guerre et le retour à la paix.
1973 : Création d’une association Tourisme et Travail à Poitiers ; elle avait déjà existé sur Châtellerault, ville ouvrière du département de la Vienne, dans les années cinquante.
Octobre 1985 : Fin de la période Tourisme et Travail suite à des difficultés économiques. Après un dépôt de bilan de TT, création de Loisirs et Tourisme Poitou-Charentes en lien avec le Limousin et le Périgord.
Octobre 2005 : Après 15 ans de vie commune, divorce sur le fond et la forme. Sur le fond, avec le choix de l’Assemblée Générale de développer le tourisme équitable et solidaire et le tourisme social. Sur la forme en prenant sont autonomie de gestion et en créant trois secteurs : « La Vitrine des Voyages » pour le tourisme « classique », « Ekitour » pour le tourisme équitable et solidaire, «Le Droit aux Vacances » pour le tourisme social. Afin de pouvoir mener son action dans un mouvement plus général, Loisirs et Tourisme adhère à fédération LVT.

3. Qu'entendez-vous par "respecter les populations locales" ?

La première forme de respect est qu’un voyage doit d’abord exister en réponse à une invitation » ; c’est à dire que les populations locales font le choix de recevoir des touristes chez eux. Elles ont décidé du pourquoi et du comment et le touriste respecte ces choix.
La deuxième forme de respect est que notre activité doit avoir des conséquences bénéfiques, et sinon le moins possible de conséquences négatives aux niveaux économique, humain et environnemental.
Nous allons avant tout vers des gens, et il ne faut pas l’oublier…

4. Qu'entendez-vous par viser "une plus grande mixité sociale" ? Est-ce simplement combattre le tourisme de luxe qu'abrite d'une certaine manière le tourisme de masse ? ou bien est-ce lutter contre une certaine tendance, ou un certain risque liés au tourisme solidaire lui-même, accusé par certains de ses détracteurs - ou simples persifleurs tout aussi "dangereux" – d’être destiné à une élite, tout comme le serait d’après eux le bio ou le recours aux énergies vertes ?

Avec cette notion de « mixité sociale », nous ne nous sommes pas du tout dans ce débat, bien qu’il soit important, mais dans le refus d’un double ghetto dans lequel voudraient nous enfermer bien des décideurs.
Le premier, qui ferait des associations de tourisme le « samu des vacances » pour tout ceux qui ne partent pas (près de la moitié des français),
Le deuxième qui ferait partir ces populations dans les mêmes lieux et aux mêmes périodes.
Notre projet associatif est le tourisme pour tous. C’est à dire que sommes ouvert à tous et que nous voulons pouvoir faire partir chacun sur le tourisme de son choix.

5. Vous placez sur votre site, en annexe, la Charte du Tourisme équitable. Est-ce simplement un modèle dont vous vous inspirez ou avez-vous été contrôlé au moment de votre création ou et en cours d'exercice ? Le cas échéant, jugez-vous ces contrôles fiables ou y voyez-vous des améliorations possibles ? En clair, comment peut-être certain qu'une agence qui se dit solidaire, l'est effectivement sur le terrain ?

Nous avons adopté cette charte car elle correspond à ce que nous voulons faire mais elle reste encore un texte de travail. Avec la création de l’Association du Tourisme Equitable et Solidaire par l’UNAT, les principes et les moyens de les respecter vont se préciser et aller au-delà de ce premier document fondateur. L’ATES a déjà mis en place des grilles d’analyse.
Nul contrôle autre que le notre -ou celui de nos voyageurs- n’as pour l’heure été mis en place. On peut imaginer dans un futur proche, un organisme indépendant, comme la FLO pour le commerce équitable, qui délivrerait un « label » tourisme équitable. Mais le « produit voyage » est complexe et doit-on labelliser le produit, le producteur, le voyageur ou les trois ? Il reste encore beaucoup de travail mais les choses avancent vite aujourd’hui.
Pour l’heure, le meilleur outil de vérification reste et restera les voyageurs eux-mêmes. D’ou la nécessité de forums, regroupements de voyageurs, etc. à différents niveaux pour permettre à chacun de trouver ce qui lui correspond, en fonction de ses attentes, et aussi de savoir ce qu’il y a derrière la brochure touristique. Et pour que l’organisateur est un retour concernant le voyage et les ressentis. Il faudrait aussi, dans ce forum, que les communautés locales recevant les touristes puissent participer, afin que tous aient voix à la discussion, et puissent donner leur opinion.


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