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Tourisme solidaire - Tourisme équitable

 
ENTRETIEN sur le TOURISME SOLIDAIRE avec TAMADI (suite)
(novembre 2006
)

6. Vous allez bientôt publier sur votre site  des témoignages de voyageurs ayant choisi votre association pour partir. Leur contenu ira-t-il au-delà des quelques phrases de contentement ou de remerciement que l'on peut lire parfois sur certains sites et qui ressemblent davantage à des slogans qu'à de véritables analyses ? Y verriez-vous un éventuel avantage pour le public néophyte ou ayant simplement besoin légitimement d'être rassuré sur ses choix ? En clair, comment éviter la démagogie et favoriser la véritable transparence ? en publiant l'intégralité des témoignages ? en publiant les bons comme les mauvais ? en travaillant sur la préparation de questionnaires en direction des participants ?
Les témoignages reçus à ce jour et qui seront prochainement publiés vont au-delà d’un simple remerciement et sont plutôt des impressions voire pour certains des récits de voyages. Nous n’avons pas encore décidé si nous publierons la totalité ou de larges extraits de ceux-ci. Nous n’avons pas encore reçu, et c’est heureux pour nous, de mauvais témoignages, mais, le cas échéant, la décision de publier ou non serait prise en réunion de conseil d’administration. Il nous semble cependant que ce type de rubrique doit apporter un réel complément d’information sur les conditions de séjours aux visiteurs du site et ne pas se résumer à une page de slogans béats.

7. Que pensez-vous des prix pratiqués par les associations de tourisme solidaire ? De quelle façon faut-il établir une comparaison avec les tarifs que propose le tourisme de masse ? La part prélevée sur le montant des séjours  pour les actions locales, en règle générale de 6% (est-ce votre cas ?), justifierait-elle une éventuelle rigueur dans les tarifs proposés (absence de promotions par exemple) ?
Les tarifs proposés par Tamadi se situent dans la fourchette basse, mais il m’est difficile de me prononcer sur les tarifs pratiqués par les autres associations. A propos de Tamadi, comme je l’ai expliqué plus haut, le tarif des séjours est fixé en concertation avec l’AOPP , pour coller au plus près des réalités locales. Il faut veiller à ne pas sous-payer ni payer exagérément les acteurs locaux pour ne pas créer de déséquilibre économique dans le pays d’accueil.
L’AOPP reçoit 70% du prix des séjours hors transport, selon la convention signée en 2005. Le manque de recul (moins d’un an de fonctionnement), ne nous permet pas encore de connaître le pourcentage exact du bénéfice pour l’AOPP après paiement des différents acteurs locaux et des investissements de départ. Notre partenariat inclut la possibilité de modifier cette clé de répartition en fonction de l’évolution de l’économie du projet.
La difficulté pour les acteurs du tourisme solidaire est de pratiquer des prix permettant de remplir les objectifs de soutien des économies locales sans réserver les voyages aux seules classes sociales favorisées. Et le prix de l’aérien pour les destinations lointaines laisse peu de marge de manœuvre. Ainsi, pour les séjours proposés par Tamadi au Mali, le prix du transport représente presque la moitié du total facturé au voyageur.
Des offres promotionnelles d’appel ne sauraient être proposées par des associations dont le but est de rémunérer justement les populations d’accueil.

8. Vivez-vous une relation privilégiée avec vos "clients", avec les populations locales et avec les organisations diverses opérant sur place, telles que les OP (Organisations Paysannes) ? Pourrez-vous librement choisir de nouveaux partenaires ou êtes-vous exclusivement lié aux OP ? Et vos rapports avec les autres agences du tourisme solidaire ? Confrères ou concurrents ? Comment s'établit la communication entre tous ces intervenants ?
La préparation des voyages permet un rapprochement avec les voyageurs. De plus, la participation d’ex voyageurs aux évènements organisés par Tamadi ou aux salons nous prouve qu’il existe une réelle relation et que l’adhésion à Tamadi ne répond pas qu’à son caractère obligatoire mais peut être une forme d’engagement.
Quant à nos relations avec les populations et associations locales, les échanges réguliers que l’on a avec l’AOPP et les témoignages que l’on reçoit des familles et autres acteurs locaux attestent de liens forts et enrichissants. Cette relation privilégiée implique bien évidemment au Mali une exclusivité, et Tamadi ne saurait y chercher d’autres partenaires que l’AOPP.
Les rapports avec d’autres acteurs du tourisme solidaire ont surtout eu lieu sur les salons et furent très conviviaux. On ne se considère heureusement pas comme des concurrents.

9. Vous existez depuis quand exactement ? Comment évaluez-vous les résultats de votre démarche dans les régions où vous intervenez ? Comment choisissez-vous ces régions ? Pourquoi avoir commencé par le Mali ? Quelles seront les prochaines destinations et pourquoi ?
Comme indiqué plus haut, Tamadi existe depuis juillet 2005 et ne propose réellement ses voyages que depuis le début de l’année 2006. Le recul est donc faible pour établir une exacte évaluation des effets du projet sur place, mais on peut déjà constater la forte implication de tous les acteurs locaux et le retour positif de ceux-ci.
A Kalabougou, par exemple, l’organisation paysanne locale a créé une petite caisse mutuelle d’épargne alimentée par les revenus que l’AOPP lui verse sur le projet tourisme et par la taxe touristique locale payée par les voyageurs. La caisse a permis d’acheter pour les familles d’accueil des matelas, des moustiquaires et des chaises. A terme, cette OP espère le développement d’une caisse d’épargne et de crédit mutuel. D’ autres OP ont participé à l’amélioration des sanitaires des familles hôtes.
J’ai déjà expliqué le choix du Mali comme première destination. Nous pensons pouvoir proposer d’autres circuits au Mali courant 2007. Le choix de ceux-ci est concerté avec l’AOPP en fonction de la demande des OP locales et de critères préalablement définis.
Par ailleurs, nous travaillons actuellement sur le choix de prochaines destinations. Je ne peux à ce jour vous les nommer, mais notre volonté est de proposer un nouveau pays d’accueil dès l’été 2007.

10. Que pensez-vous du discours qui reproche aux voyageurs solidaires de brûler du kérosène en prenant l'avion ? Peut-on imaginer sérieusement un tourisme solidaire futur qui en tiendrait compte ou est-ce un faux débat ? Comment voyez-vous l'avenir du tourisme solidaire ? Tiendra-t-il ses engagements ou risque-t-il d'être victime de son éventuel succès ? Que doit-on lui souhaiter ?
Le problème du transport aérien fait effectivement débat. Toutefois, il est difficile aujourd’hui de visiter d’autres continents sans prendre l’avion. Il nous semble aussi que notre activité, qui ne produit pas du tourisme de masse, n’a qu’un impact limité. Toutefois, nous y réfléchissons, et, dans l’hypothèse ou nous choisirions une prochaine destination en Europe, nous proposerions alors différents moyens de transport.
Le tourisme solidaire est encore tout neuf et il est prématuré de parler de succès. Les acteurs de ce tourisme devront toutefois être vigilants et respecter les engagements qui ont motivé leur création. Mais dans tous les cas, c’est la vigilance des voyageurs dans leurs choix qui permettra d’éclaircir ce secteur et d’assurer un avenir à un tourisme solidaire réel et non déguisé. On peut enfin souhaiter que la pérennité des projets procure un soutien durable aux populations d’accueil.

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