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Tourisme solidaire - Tourisme équitable

 

Entretien avec EchoWay, le guide gratuit de l'écotourisme solidaire (suite et fin)

www.echoway.org/
courriel: info@echoway.org

 
 

8. Vous avez une activité d'éveil du public, mais vous la pratiquez également en direction des populations locales ? Le besoin des deux - voyageurs et populations locales - en matière de ce que l'on pourrait appeler "éducation aux pratiques responsables " est-il différent ? Vous parlez d'ailleurs d'engagement. Pouvez-vous nous éclairer sur les grandes lignes de cet engagement ?
Via notre site Internet et nos participations en France à divers événements, nous essayons de sensibiliser un large public à des pratiques responsable en voyage.
Lorsque nous allons à la rencontre des projets touristiques, nous discutons beaucoup avec eux des conséquences négatives que peut avoir le tourisme sur leur village, leur pays. Bien souvent, ils en sont conscients, nous ne faisons que leur rappeler et nous nous assurons qu’ils sont bien conscients des enjeux.

9. Pouvez-vous nous dire quelques mots de vos enquêtes sur le terrain et de ces fameux "cartons rouges" ?
Lors de ses enquêtes sur le terrain pour repérer des petits projets d'écotourisme solidaire, EchoWay bute souvent sur les « gros » et découvre les magouilles, la corruption, les arnaques propres à l'implantation des projets de tourisme. EchoWay constate d'autre part les dégâts sociaux et environnementaux sur place quand les bénéfices sont rapatriés dans les pays riches.
Les « cartons rouges » ont pour objectifs de dénoncer ce qui se passe, les dégâts du tourisme de masse, et ses dérives tel que le tourisme sexuel. C’est une action que l’on développe de plus en plus.
Nous avons décidé de documenter ces faits pour que le touriste connaisse mieux le tourisme. En informant sur le côté obscur des vacances que cache si bien l'industrie touristique, nous pensons que le touriste sera bientôt convaincu d'adopter d'autres vacances.

10. Qu'apporte sur place, à court et à long terme, une action d'information telle que la votre ? Comment évaluez-vous, le cas échéant, les résultats de votre démarche ?
L’association étant assez récente, il nous est encore difficile d’évaluer notre impact. Ce que l’on peut dire c’est qu’il y réellement un intérêt croissant des voyageurs pour un tourisme plus équitable, plus responsable. En 2006, entre janvier et décembre, nous sommes passés de 8000 à 30000 connexions par mois.
Nous commençons cette année à établir des outils de suivi pour mesurer notre impact sur le terrain. Mais, pour le moment, nous savons que les projets ne sont pas menacés par une affluence trop importante, bien au contraire.

11. Que pensez-vous des prix pratiques en général par les associations de tourisme solidaire? De quelle façon faut-il établir une comparaison avec les tarifs que propose le tourisme de masse ? La part prélevée sur le montant des séjours pour les actions locales, en règle générale de 6%, justifie-elle une relative rigueur dans les tarifs proposés (absence de promotions par exemple). Vous semble-t-il qu'il vaut mieux parler en pourcentage ou en types et durées d'actions ?
Echoway n'étant pas un voyagiste, nous ne sommes peut être pas les mieux placés pour aborder ces aspects techniques. Pour ce qui est du prix, il faut déjà comparer ce qui comparable, et finalement on se rend compte que les prix sont relativement équivalents. Ce qui change vraiment, c’est que dans un cas vous avez un niveau de vie supérieur grâce à la surexploitation et à la pollution des ressources locales au détriment des populations, et dans l’autre cas, vous vivez comme les locaux, et les aidez à réaliser des projets collectifs.
Le danger lorsque l’on définit le tourisme solidaire, c’est de le réduire « à des chiffres, et à une action isolée ».
Demain, nous savons tous que de grands groupes vont aussi se prévaloir de reverser un % des bénéfices à des ONG, intégrer une action durable à leur « produit », ce qui pourtant n'éliminera pas les problématiques de l'impact négatif du tourisme en général, loin de là. Il faut complètement repenser le tourisme.

12. Vous mettez en avant des démarches (telle la ferme biologique Phoudindaeng Farm au Laos) que, malgré vos courriers, aucun guide ne répertorie. A quoi attribuez-vous ce manque d'information, cruel lorsque l'on imagine le besoin que ces lieux ont de se faire connaitre pour substister ?
Cet exemple est révélateur: C'est vrai, qu'un grand guide de voyage, auprès duquel nous avions écrit pour qu'il insère cette adresse a mis du temps à le répertorier, car ce type de projet touristique n'était pas en phase avec les attentes consuméristes d'une grande partie du lectorat de ce guide, les « travelurgers » (contractions de travellers et hamburgers). Puis, le voyageur éco-citoyen devenant un public potentiel, l’adresse a finit par y figurer. Mais en dernier lieu, les comportements inadéquates de ces « travelurgers » ont poussé le porteur du projet à demander de ne plus paraître dans le guide, et à préférer recevoir un public plus restreint, mais plus averti.

Ceci met en lumière toute la problématique de l'éducation au voyage. Finalement ça ne sert à rien de promouvoir ce type de projet, si les voyageurs qui y passent n'ont pas été sensibilisés à l’éco-solidarité.
C'est tout le sens de notre double démarche : promouvoir et éduquer.
C’est le point faible de la plupart des voyagistes solidaires : ils ne consacrent pas assez de temps à la préparation des voyageurs. C’est là le vrai plus de notre association, et nous nous devons de l’accroître.

13. Comment éviter de voir fleurir ceux qu'un article du Monde Diplomatique que vous transmettez sur votre site appelle "Les charlatans du tourisme vert" ? Comment voyez-vous l'avenir du tourisme solidaire ? Tiendra-t-il ses engagements ou risque-t-il en effet d'être victime de son éventuel succès ? Comment éviter les dérives ? Que doit-on lui souhaiter ? Etes-vous optimiste, alarmiste, ou nuancé ?
Nous ne sommes pas très optimistes, mais restons mobilisés.

C'est par l'éducation au voyage responsable que nous pouvons nous battre contre les dérives en cours. Si auprès des jeunes adultes, nous arrivons à expliquer les clés du « voyage responsable », les futurs voyageurs ne tomberont pas dans les pièges marketing qui se tissent autour de cette démarche. Si en plus des cours de tourisme responsable sont prodigués par des personnes compétentes aux BTS tourisme, nous arriverons alors à réduire les dérives.
Certains pensent que la création de Label ou de Certification permettra d’éviter les dérives, mais ils se font souvent sur des minima et des points techniques. Certes le label, la certification, ont un aspect pédagogique, et permettent de s’assurer des bonnes pratiques, mais ce n’est pas une fin en soi. Les contradictions du commerce équitable en sont de bons révélateurs.

Il se peut que le tourisme de masse diminue fortement dans les prochaines années, si les tarifs aériens « explosent », ou que l’environnement ne supporte plus cette course aux voyages « fast food », mais les pays surexposés au tourisme de masse en payeront le prix cher ! C’est le principe de la double peine : Ils n’auront pas profité pleinement des ressources de celui-ci, et l’arrêt brutal de celui-ci risque d’entraîner une pauvreté accrue.
Si le tourisme s’était développé de façon solidaire, son arrêt ne serait pas aussi problématique.

14. EchoWay n'agit que par le biais du net ou a-t-il également pignon sur rue, locaux, espaces ? Avez-vous une présence sur des salons ou intervenez-vous lors d'événements ?
Nous avons créé un Espace Permanent d'Information au Tourisme solidaire à Toulouse, grâce à notre antenne là-bas, et l’antenne de Lille a également un local au sein de la Maison régionale de l’environnement et des solidarités. Ces deux antennes débutent et on ne peut pas dire qu’elles ont pignon sur rue. Nous participons toujours à de nombreux évènements (forums, salons, séminaires), mais nous manquons clairement de ressources humaines et financières pour être présents sur de nombreux événements nationaux et internationaux.

15. Avez-vous des partenariats avec certains organismes ou êtes-vous indépendants ?
EW est totalement indépendant. Nous n'avons perçu que quelques subventions publiques. Nous sommes membre associé de l’ATES. Nous devrions à moyen terme évaluer les voyagistes adhérents de cette structure, en attendant qu’un hypothétique label voit le jour. Nous avons déjà évalué certains voyagistes sur certaines destinations, et suivant les résultat nous les recommandons. Nous mettons aussi en place des partenariats avec des voyagistes qui souhaitent passer sur les lieux identifiés par EW.

16. Des "Boutiks" EchoWay en ligne sont en cours de création. Quand on sait que le tourisme équitable est une des branches du commerce équitable, pensez-vous qu'il va dans la logique d'un site d'information et de responsabilisation, de proposer aussi l'accès à des produits raisonnés ? En fait, être un voyageur solidaire engage-t-il à être un consommateur solidaire et avez-vous un rôle à jouer dans cette relation ?
La boutik echoway est un projet à long terme ; il n’est même pas certain qu’elle voit le jour. Il faut savoir qu’elle concernera essentiellement des outils écologiques pour limiter son impact dans le pays d’accueil : lampes de poche sans pile, chargeurs, solaire, filtres à eau… bref, des outils qui ne sont pas encore faciles à trouver dans le commerce. Nous n’avons pas dans l’idée de faire du commerce équitable.

17. Vous êtes en plein développement, de nouvelles rubriques sont en construction (tel l'"Espace projet"). Comment voyez-vous et souhaitez-vous le rôle d'EchoWay dans l'avenir ?
Nous souhaitons à long terme devenir un site de référencement professionnel de l’offre du tourisme solidaire tant des projets locaux que des voyagistes solidaires, le plus complet et transparent possible.

FIN.

Stéphane Gigon (administrateur EchoWay Toulouse & Paris) et Marie Gobaille (administratrice EchoWay Lille & Paris) ont répondu à ces questions. Tourisme Solidaire les en remercie vivement.